Trésor des archives : Petit Manuel des associés de l’Union de prières et de La Bonne Mort (1873)

Un de vos ancêtres était-il membre de L’Union de prières et de La Bonne Mort?

Fondée à Montréal en 1851, cette association visait à préparer ses membres à sauver leur âme après leur décès. En 1873, elle ne comptait pas moins de 50 000 membres.

Déniché sur Internet, le Petit Manuel des associés de l’Union de prières et de La Bonne Mort, publié en 1873, contient une liste des associés décédés entre 1850 et 1873 inclusivement, y compris Jacques Viger, ancien maire de Montréal, décédé en 1858.

Voici les membres de la famille Tourville qui y sont mentionnés :

  • Marie Pauzé, décédée en 1853 (belle trouvaille, je n’avais pas la date de son décès), et son époux,
  • Charles Tourville, décédé en 1873
  • Josephte Cantin, décédée en 1857 à Cap-Rouge lors de l’incendie du navire Montréal, mais inhumée à Montréal, et son époux,
  • Michel Tourville, décédé en 1860
  • Domithilde Ouimet, décédée en 1866, épouse de Charles Tourville
  • Sophie Paquette, décédée en 1866, veuve d’Étienne Tourville
  • Louis Tourville, décédé en 1868, époux d’Élisabeth Lamoureux
  • Vitaline Mondor, décédée en 1869, épouse de Magloire Tourville

Ces personnes étaient probablement plus dévotes que d’autres puisque plusieurs manquent à l’appel (mais je ne les dénoncerai pas).

Si votre arbre généalogique fait mention de gens inhumés à la paroisse Notre-Dame de Montréal entre 1850 et 1873, vous avez une bonne chance de les trouver.

Bonnes recherches!

Petit Manuel des associés de l’Union de prières et de La Bonne Mort sur Archives.org


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Mes cousins américains : 52 ancêtres en 52 semaines : #15 Delima Lanoville Betournay (1877-1956)

D’aussi loin que je me souvienne, quand ma mère et moi feuilletions les vieux albums de photos de famille, je lui posais inévitablement cette question :

— C’est qui ces gens-là?

— Mes cousins américains; ils habitent à Cohoes, dans l’État de New York, me répondait ma mère. Quand j’étais jeune, durant l’été, on partait en auto toute la famille pour aller les visiter, et même mes grands-parents étaient du voyage.

Il y a environ six ans, je racontais à ma mère mes dernières découvertes. Je dois avouer que ma mère ne partageait pas ma passion pour la généalogie, mais généreuse, comme toujours, elle écoutait avec intérêt, puis soudain elle me dit :

— Penses-tu que tu pourrais trouver quel était le lien de parenté avec eux?

Aussi surprise que ravie par sa demande, je me lève et en moins deux, je suis devant l’ordinateur, la bouche fendue jusqu’aux oreilles.

— De quoi te souviens-tu à leur sujet?

— La plus âgée du groupe, c’était Delima Betournay, et son mari s’appelait Sam. Son nom de fille était Denis (ou Lanoville, car Denis est un surnom), parce qu’elle était parente avec mon grand-père du côté de mon père, Joseph Denis. Delima avait trois filles : Rose, Laura et Rita. Leur adresse était le 63 White Street à Cohoes.

— Rose! Celle qui nous envoyait des cartes de Noël quand j’étais petite? dis-je.

— Oui, répondit ma mère. Rose était mariée avec Howard Van Buskirk; Laura était mariée avec Sylvester Moak; et Rita… Bien, Rita, je ne me souviens pas du nom de son mari, mais par contre je sais qu’elle avait une fille qui s’appelait Marylin.

— Maman, va chercher l’album photo!

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Premier rang : Hélène Denis, Marilyn Campbell; deuxième rang : Annette Denis, Manda Bergmann, Delima Lanoville Betournay, Florida Denis Deadware, Adolida Denis; troisième rang : Joseph Bergmann, Sam Betournay, Arthur Denis, Philip Deadware, personne inconnue

— Tiens, tu vois… Marilyn, Manda, Florida, Delima, Sam, Philip… Je me souviens aussi de George Denis et de sa femme, Anna Daus, mais ces deux-là par contre, je ne les vois sur aucune photo, continua-t-elle.

— Attends… C’étaient tous des Denis?

— Manda est la sœur de Delima. Son mari s’appelait Bergmann. Florida était mariée avec Philip Denis, dit-elle.

— Donc, il était le frère de Delima, c’est ça?

— Je pense que oui, dit-elle d’un ton hésitant.

— Mais t’es pas certaine?

— Oui, il s’appelait Philip Denis, insista-t-elle.

Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. J’ai donc décidé de rechercher Delima dans les registres de Montréal car un fait était indubitable : elle avait émigré aux États-Unis. Lanoville étant un patronyme somme toute assez rare, je l’ai retracée assez facilement. Elle a été baptisée le jour de sa naissance, le 10 février 1877, à Montréal (paroisse Sacré-Cœur). Ses parents, Antoine Lanoville et Adélaïde Biette (ou Billette), se sont mariés à Montréal en 1866. Antoine Lanoville? Ce nom m’est familier, et comment! Mon arrière-arrière-grand-père s’appelait Antoine Lanoville. Il s’avère que le père de Delima était en fait issu du premier mariage de mon arrière-arrière-grand-père avec Adélaïde Laurendeau.

— Hey, maman, j’ai trouvé! Delima n’était pas la cousine de ton grand-père, elle était sa demi-nièce, lui annonçai-je triomphalement.

— Demi-nièce…?

Lien Delima JosephMa mère était certes comblée par ma découverte, mais moi j’étais déjà excitée à la perspective de poursuivre encore un peu mes recherches.

Je décidai donc de consulter le recensement de l’année 1900, espérant y repérer Antoine et Adélaïde Biette à Cohoes. Je ne fus pas déçue.

1900 antoine page 11900 DelimaLes informations les plus intéressantes à mon avis dans un cas comme celui-ci sont celles révélées par les rubriques requérant les renseignements suivants : « De combien d’enfants êtes-vous la mère », et « Combien de ces enfants sont toujours vivants » Oh! Mon Dieu, elle a eu seize enfants dont sept sont toujours vivants en 1900! En 1878, ils ont émigré aux États-Unis et y ont obtenu la citoyenneté américaine. Je ne connais pourtant les noms que de cinq enfants : Delia, Manda, Florida et Duvola (George), et Delima, mariée avec Sam. Florida…?

— Maman! Es-tu bien certaine que le nom de famille de ton Philip était Denis? Regarde, Manda est là et elle a une sœur prénommée Florida. Est-il possible que ce soit plutôt Florida qui était une Denis?

— J’en ai aucune idée, dit-elle.

Alors que j’entrais cette information sur Ancestry, le nom de Marilyn me donna vite un indice. Ça provenait de l’arbre d’un autre membre et comportait même une photo d’elle à l’âge adulte. Elle était décédée depuis plus d’une vingtaine d’années.

— Marilyn est décédée?! s’exclama ma mère, incrédule. Marilyn était beaucoup plus jeune qu’elle.

J’ai donc joint Marilyn à mon arbre. Peu de temps après, je recevais un message de quelqu’un qui se demandait bien pourquoi sa mère était soudainement reliée à mon arbre. Et voilà! C’est ainsi que cousin Frank et moi avons fait connaissance.

Quelque temps après cette fructueuse soirée, j’ai eu l’opportunité d’examiner les registres de l’église de Cohoes et je suis tombée sur Albina (1875-1910), mariée à Clément Lacombe, et Joseph (env. 1870-?), marié à Marie-Louise Michaud.

Résolue à venir à bout de toutes les interrogations que ma mère pouvait encore avoir sur le sujet, mais surtout dans le but de lui faire plaisir, je l’invitai l’été suivant à faire un pèlerinage à Cohoes. Elle était tellement heureuse. Elle a pu revoir la maison de White Street. Nous avons aussi visité le cimetière St. Agnes; bien que nous n’y ayons pas trouvé la pierre tombale de Delima et Sam, nous y avons aperçu celles d’autres parents de ma mère, ce qui lui aura au moins permis d’apprendre en quelle année ceux-ci étaient décédés. Autant de gens, autant d’anecdotes qu’elle se plaisait à me raconter; elle adorait parler du bon vieux temps.

Cousin Frank m’apprit plus tard que Delima et Sam étaient plutôt inhumés au cimetière St. Joseph. Ma mère et moi sommes retournées à Cohoes, mais déception : bien que nous ayons pu y localiser d’autres membres de la famille, toujours pas de trace de Sam et Delima. Je devrai donc poursuivre mes recherches afin d’identifier dans quel lot exactement ils ont été enterrés.

Dernièrement, alors que je jetais un coup d’œil à l’arbre d’un membre sur Ancestry, j’ai appris qu’un Philip Deadware était marié à une Florence Denis! Grâce à newspapers.com (auquel je me suis abonnée récemment), j’ai pu lire tous les avis de décès les concernant. Ce qui m’a permis de confirmer que Philip Deadware était bel et bien le « Philip Denis » de ma mère. Maman, où que tu sois, je l’ai finalement RETROUVÉ!

Pourtant, malgré toutes ces petites victoires, l’histoire de quelques personnes qu’on peut apercevoir sur cette photo demeure encore à ce jour un secret bien gardé. J’ai été contactée récemment par une descendante de la sœur d’Anna Daus, la femme de George Denis. J’aimerais bien que quelqu’un, quelque part, arrive à identifier mes « cousins américains ».

Voici une autre de mes photos préférées. Plutôt ancienne celle-ci aussi, j’estime qu’elle date probablement de 1926, ma mère n’étant pas encore née. Il y a très longtemps de cela, ma mère m’avait mentionné que ces gens étaient de Cohoes. Avait-elle raison? On peut au moins y reconnaître Sam Betournay (dernière rangée, le quatrième à partir de la droite).

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Ma grand-mère avec probablement son fils sur ses genoux, à ses côtés, mon arrière-grand-mère avec un bébé dans les bras; au premier rang, au centre, Roger et sa soeur Annette à sa gauche; dernier rang : Arthur Denis, troisième de la droite et Sam Betournay à ses côtés. Qui sont les autres?

Voilà, c’est en quelque sorte une bouteille à la mer. Je serai patiente, je ne suis pas pressée.


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52 ancêtres en 52 semaines : #14 Anonyme Tourville (1822-1822)

À partir du moment où Thomas MacEntee a annoncé en début d’année son intention de recommencer sa généalogie (ce qu’il appelle son Genealogy Do-Over), ça m’a donné envie de parcourir ses articles, étant curieuse de connaître les raisons qui l’avaient motivé à repartir à zéro.

Depuis quelques temps, je suis un peu frustrée parce qu’il m’arrive à l’occasion de trouver des erreurs dans mon arbre, surtout en ce qui a trait aux dates, et cela me rend folle, littéralement. Il y a 25 ans je n’utilisais pas de logiciel de généalogie, alors des années plus tard, j’ai créé un arbre sur Ancestry. Malheureusement, je n’ai pas eu la présence d’esprit à l’époque d’analyser tous les indices provenant d’arbres d’autres membres d’Ancestry et j’ai naturellement pris pour acquis que tous les renseignements fournis étaient exacts. Ce que j’ai pu être maladroite! Et naïve. Je me suis procuré le logiciel de généalogie Reunion il y a quelques années et depuis je n’utilise Ancestry qu’à des fins de recherches.

Comme je suis à planifier mon voyage annuel à Salt Lake City qui aura lieu plus tard cet automne, après réflexion, j’en ai conclu que ce serait effectivement une bonne idée pour moi aussi d’amorcer un Genealogy Do-Over, mais sur une plus petite échelle. Lors de mon passage à la Family History Library, j’aimerais me consacrer aux descendants de Toussaint Tourville, lui qui alla s’établir dans ce qui deviendrait plus tard l’État du Missouri. Alors, pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour faire une révision minutieuse de mes informations?

C’est donc ce que j’ai fait cet été : éplucher à nouveau les registres de la paroisse catholique de Saint-Ferdinand (Florissant, Missouri), mais cette fois-ci en y allant l-e-n-t-e-m-e-n-t. J’ai débuté avec le mariage de Toussaint Tourville et de Marie-Reine Calvé et j’ai poursuivi avec les baptêmes de leurs enfants. J’ai ainsi lu et transcrit chaque entrée, j’ai noté les noms des témoins et des parrains et marraines, et c’est à cette étape que j’ai pu constater que des dates avaient été probablement mal interprétées par des personnes qui ne lisaient pas le français et je n’ai pas remis en question leur travail. Par exemple, quelquefois, la date de baptême était indiquée comme étant celle de la naissance. Vous savez ce que cela signifie? Je n’ai pas vraiment lu les registres au départ. Et, plus tard, j’ai probablement pensé que je les avais déjà vérifiés. Les documents sont en français, ma langue maternelle, je n’ai aucune excuse!

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Le Old St. Ferdinand Shrine and Historic Site est situé au 1, rue St-François, à Florissant, au Missouri et il est détenu, conservé, maintenu et protégé par l’organisme sans but lucratif, Friends of Old St. Ferdinand Inc. Le Shrine and Historic Site se compose de quatre bâtiments historiques situés à leur emplacement d’origine : le couvent, datant de 1819, l’église, datant de 1821, le presbytère, datant de 1840, et l’école, datant de 1888.  [Wikipedia]. ~~~ Photo par Chuck Morris (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons.

Le premier mariage des enfants de Toussaint que j’ai vérifié est celui d’Émilie Rousselle et de Charles Tourville, soit l’aîné des enfants de Toussaint.

J’ai eu droit à toute une surprise!

Le 11 fevrier mil huit cent vingt deux Charles Tourville fils de Toussaint Tourville et Marie Calvé, et Emilie Rousselle fille de Pierre Rousselle et de Françoise Gagnie, s’étant mariés devant un juge à cause que la mère de la fille ne voulait pas donner son consentement, après avoir fait pénitence et après avoir réparer le scandale publiquement, ont renouveller leur consentement de marriage devant moi et deux temoins, et je leur ai donner la bénédiction nuptiale.

Bonaventure Marion (sa marque)
Hyacent De Hetre (sa marque)
Charles Tourville (sa marque)
(signé) Emilie Rousselle
(signé) (…) De La croix prêtre

Ce qui a immédiatement attiré mon attention c’est qu’aucun membre de la famille n’a assisté à la cérémonie. Cela nous donne une idée, me semble-t-il, de l’ampleur de ce présumé scandale!

Tout cela m’a menée à l’enterrement de la cadette de Toussaint Tourville et de Marie-Reine Calvé, en date du 5 juillet 1822 :

Enfant de Mr Tourville
Le 5 juillet mil huit cent vingt deux par nous prêtre soussigné a été inhumé au cimetière de cette paroisse le corps d’une petite fille de Mr Tourville qui venait de naître d’hier elle était ondoyée.

J’ai toujours pris pour acquis (encore une fois!), et tout le monde aussi, que cette enfant était sans conteste née de l’union de Toussaint Tourville et de Marie-Reine Calvé. Remarquez que rien n’indique dans les extraits ci-dessus qui sont les parents. Et si le « scandale » auquel il est fait allusion était qu’Émilie Rousselle s’était retrouvée enceinte sans d’abord avoir été mariée par un prêtre? N’ayant aucune certitude quant à la date du mariage civil, nous savons cependant que cette enfant aurait vu le jour moins de cinq mois après la cérémonie religieuse, et que l’aîné « officiel » de Charles et d’Émilie est quant à lui né en juillet 1823, soit seize mois après leur mariage religieux.

De plus, dans son témoignage lors d’un procès à la Cour suprême relativement à un litige foncier, Charles Tourville relate que son père est décédé sans testament, que huit enfants ont survécu à son décès. Il mentionne également une enfant qui est née entre Étienne et Paschal (il voulait probablement dire entre Paschal et Catherine, c’est-à-dire Brigitte) décédée alors qu’elle était bébé. Neuf enfants au total et non pas dix.

Cela veut donc dire que nous n’avons aucune preuve que cette petite fille était celle de Charles Tourville et d’Émilie Rousselle, mais nous n’avons aucune preuve non plus qu’elle était la cadette de Toussaint Tourville et de Marie-Reine Calvé.

Je crois donc qu’il est pertinent de mentionner que ce bébé décédé en 1822 aurait pu être la fille de Charles ou de Toussaint.

Je m’en veux tellement d’avoir négligé toute cette information qui se trouvait là, juste sous mes yeux. Mais je ne dois pas être négative. J’adore la généalogie et je veux faire les choses correctement. Et, dans le fond, c’est vraiment excitant tout ça! Quel autre trésor vais-je dénicher?

Tous les détails dans un blogue près de chez vous.


 

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8 juillet 1852 : Le Grand incendie de Montréal

Le 8 juillet 1852, Montréal est ravagée par un incendie dévastateur. Plus de 10 000 personnes se retrouvent à la rue et ce, sur une population de 57 000 habitants. La plupart des maisons avaient été construites en bois puisque la réglementation municipale le permettait toujours pour les habitations situées à l’extérieur du périmètre de la vieille ville et ce, depuis 1721.

Mais laissons l’édition de La Minerve du samedi matin 10 juillet 1852 nous raconter les événements survenus deux jours plus tôt.

la minerve 10 juillet 1852

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, journal La Minerve, édition du 10 juillet 1852

Terrible Conflagration. 12 à 1500 familles sans demeure. Un quart de la Cité en Cendres. – La Cathédrale de Montréal, le Palais épiscopal, l’hôtel de Hays, l’église Molson, sa brasserie et sa fonderie brûlés totalement, etc. etc.

Le 8 juillet 1852 peut être compté désormais comme le plus mauvais jour que les citoyens de Montréal ont jamais passé. Il est impossible de faire concevoir la grandeur du désastre que le feu a causé dans les quartiers St. Louis, St. Jacques, Ste. Marie, et dans une partie du quartier Est, de cette cité. Il y a peine un mois, nous avions la douleur d’enregistrer l’incendie d’une des plus riches parties de la ville, comme étant le plus désastreux que Montréal avait eu à déplorer.

Nous ne nous attendions pas à être obligés de dire sitôt que comme calamité publique, l’incendie du 6 juin n’est rien comparé à celui du 8 juillet. Le premier a diminué considérablement la prospérité commerciale de plusieurs maisons puissantes, et par contrecoups de la cité elle-même, mais il n’a ruiné totalement personne et n’a laissé personne sans asile. Le dernier compte ses victimes par milliers et fait la ruine d’un nombre immense de familles. Aujourd’hui ce sont pour la plupart les industriels qui souffrent. Combien d’honnêtes et laborieux artisans qui, à force d’économie et de travail, s’étaient acquis dans ces quartiers de petites propriétés qui les mettaient en état de vivre respectablement, se voient en un instant dépouillés de tout ce qu’ils possédaient, n’ayant plus ni abri ni pain à offrir à leurs familles?

Le feu a éclaté vers les 9 heures, sur la rue Ste. Catherine, entre la Grande rue St. Laurent et la rue St. Dominique, et 24 heures plus tard, l’incendie était arrivé jusqu’au pied du courant, près de la prison. Voici à peu près la marche qu’il a suivie et l’étendue des dégâts qu’il a causés. Il était favorisé par un soleil ardent, une chaleur étouffante, un vent d’ouest rafalant et tourbillonnant, et par la sécheresse des jours précédents qui avait rendu les toits en bois aussi combustibles que la paille. Aussi, de son point de départ, il s’est étendu avec une incroyable furie des deux côtés de la rue Ste. Catherine, détruisant toute la rangée de la rue St. Laurent depuis la rue Mignonne jusqu’au nord de la rue Dorchester, en face de l’Hôpital Anglais; la rue St. Constant a été rasée des deux côtés sur cette même étendue, et du côté nord-est jusqu’à la rue Lagauchetière; la rue des Allemands a été également détruite des deux côtés, de la rue Mignonne à la rue Lagauchetière et trois maisons plus au sud; la rue Sanguinet a été détruite depuis l’extrémité jusqu’en bas de la rue Lagauchetière du côté ouest et jusqu’à la rue Vitrée de l’autre côté; sur la rue St. Denis, il n’a pas resté une seule bâtisse, depuis les lots vacants de M. Ricard jusqu’à la rue Craig; les maisons de M. Jérôme Grenier, sur la place Viger, et celles de M. Robillard faisant le coin de la rue Vitrée n’ont pas été épargnées, ni le marché aux animaux, ni l’habitation de M. C. S. Cherrier qui était parfaitement isolée.

Il a été brûlé sur cette rue des propriétés pour une valeur immense, entre autres les bâtisses de M. Jackson et celles de M. L. Boyer, mais la perte la plus regrettable est celle de la Cathédrale du diocèse de Montréal, et du Palais Épiscopal, riche et coûteux, qui touchait à l’église d’un côté, et de la maison où se trouvait l’imprimerie des Mélanges Religieux de l’autre. Pendant que ces bâtisses brûlaient, les flammes s’emparèrent des maisons du côté sud de la rue Ste. Catherine, et d’une bâtisse au nord de l’asile de la providence. Ainsi cet asile se trouvait entouré de flammes sur trois faces, et cependant il fut sauvé. Du côté sud de la rue Ste. Catherine, le feu alla s’arrêter à la maison de M. Coffin, le protonotaire, après l’avoir détruite. Tous les fruits du grand jardin de l’hon. M. Viger sur la rue St. Denis ont été détruits par la chaleur. La maison de M. Guy qui se trouvait éloignée des autres, devint la proie des flammes. On croyait alors partout que c’était le terme de l’incendie et on comparait déjà ce désastre à la conflagration du faubourg St. Roch de Québec. Cependant, nous n’en étions qu’à la moitié de cette scène affreuse et poignante qui n’avait point duré moins de 12 heures. Au moment où les inquiétudes commençaient à se calmer, le feu se déclara dans les écuries militaires, sur la rue du Champ de Mars, derrière la maison Hays, ou l’ancien théâtre. Un instant après, cette magnifique bâtisse, l’un des plus beaux ornements de notre cité, était enveloppée de flammes, jusqu’à la coupole qui jetait une lumière éclatante mais lugubre sur tous les points de la cité.

Watercolour | Ruins of the Roman Catholic Bishop's Palace, Montreal. | M752 | McCord Museum, Montréal.

Watercolour | Ruins of the Roman Catholic Bishop’s Palace, Montreal. | M752 | McCord Museum, Montréal.

L’impression générale était que ce nouveau feu avait été mis par quelques misérables incendiaires, mais il est aussi probable que ceux qui ont soin des chevaux ont été avec de la lumière dans les écuries et y ont mis le feu. Quelque soit la cause de son origine, il n’en a pas été moins désastreux. Il se communiqua de la maison Hays, au côté opposé de la rue Notre-Dame, et ensuite à la rangée de bâtisses attenantes à cet hôtel, et qui forment le côté Nord du Carré Dalhousie, et tout cela fut détruit ainsi que toutes les écuries de la rue du Champ de Mars, et le beau bloc de maisons de la rue St. Louis appartenant à M. Jackson. Les flammes passèrent de là au magasin d’épiceries de M. Berthelot, encoignure de la rue Ste. Marie et de la rue Lacroix, et de là elles prirent la direction de la rue Ste. Marie en s’élargissant à mesure qu’elles descendaient. Elles n’épargnèrent que quelques maisons à l’entrée de cette rue, du côté du fleuve, et ensuite elles embrassèrent les deux côtés de la rue, au sud s’étendant parfois jusqu’au bord de l’eau et au Nord, jusqu’à la rue Lagauchetière, et au-delà sur quelques-uns des points.

Painting | Burning of Hayes House, Dalhousie Square, Montreal. | M310 | McCord Museum, Montréal.

Painting | Burning of Hayes House, Dalhousie Square, Montreal. | M310 | McCord Museum, Montréal.

Le ravage s’est continué ainsi durant toute la nuit et jusqu’après neuf heures hier matin, sur toute cette étendue qui embrasse les rues Campeau, St. Nicolas Tolentin, Amherst, Wolfe, Montcalm, Visitation, Panet, Salaberry, St. Ignace, des Voltigeurs, St. Alphonse, le marché Papineau, la rue Gain, jusqu’à la prison qui a été menacée à plusieurs reprises, mais enfin sauvée. L’église de Molson, sa fonderie et sa brasserie sont en cendres aujourd’hui. Le faubourg Québec n’existe presque plus, on n’y voit plus que cheminées et monceaux de cendres encore fumantes.

Photograph | Ruins of the Great Fire, St. Denis Street, Montreal, QC, engraving, 1852, copied ca.1910 | MP-0000.864.5 | McCord Museum, Montréal.

Photograph | Ruins of the Great Fire, St. Denis Street, Montreal, QC, engraving, 1852, copied ca.1910 | MP-0000.864.5 | McCord Museum, Montréal.

Du côté sud de la grande rue du faubourg Québec il n’est resté que douze maisons à l’entrée. De ce côté, le feu a commencé dans les bâtisses de Sir James Stuart, et s’est rendu comme nous l’avons dit, jusqu’à la brasserie. Toutes les maisons de M. Molson sont aussi brûlées. Au nord, il ne reste rien du tout jusqu’à la prison.

Voilà en substance l’étendue du désastre, et cela doit être suffisant pour donner une légère idée de la misère qui va s’en suivre pour les milliers de personnes laissées sans asile et sans moyens. C’était un spectacle déchirant que de voir hier matin et durant toute la nuit ces pauvres familles groupées le long des rues, sur les places publiques, le Champ de Mars surtout, et sur la déclivité du Côteau Barron, chacune avec une petite quantité d’effets sauvés à grande peine, et à demi brisés, épuisées de fatigue et de douleur et d’entendre les petits enfants à demi-vêtus pleurer et demander du pain quand leurs parents n’en avaient plus à leur donner. Ce fut un bonheur encore que la nuit fut belle et sereine. C’est dans ces cas qu’il est surtout méritoire de faire l’aumône.

Les messieurs du Séminaire ont déployés le plus grand zèle; ils ont mis maisons d’écoles et même le collège à la disposition des victimes de l’incendie et pour ce louable objet les élèves vont être envoyés chez leurs parents. Ces messieurs ont aussi fait distribuer du pain, ainsi que la Corporation. Les appentis de la Pointe St. Charles doivent être mis à la disposition de ceux qui voudront en faire un usage temporaire.

On a dû comprendre, durant cette conflagration, qu’il est d’une urgence extrême de faire poser partout des tuyaux d’une plus grande dimension que ceux qui sont actuellement dans les parties incendiées. Il est clair qu’un tuyau de trois pouces ou deux pouces ne peut fournir une quantité d’eau suffisante pour alimenter neuf à dix pompes à la fois en même temps que dans toutes les maisons particulières, on s’empresse d’ouvrir les robinets pour tirer de l’eau afin de se protéger contre le feu. Personne ne pourra s’opposer désormais aux dépenses nécessaires pour améliorer les aqueducs.

Si on a manqué d’eau au commencement du feu c’est extrêmement regrettable, et en voici la cause. On s’est plaint sur les journaux que l’eau du réservoir était corrompue et on demandait qu’il fut vidé; les directeurs de ce département se sont rendus à ce voeu tout de suite, tandis qu’ils auraient dû attendre un temps pluvieux. On nous informe que l’eau a été introduite dans le réservoir dès le commencement de l’incendie.

Loin de s’étonner du résultat de ce feu, bien des personnes s’étonnent de ce qu’un semblable désastre n’ait pas eu lieu plus tôt, quand elles considèrent la qualité des bâtisses qui se tenaient les unes aux autres dans ces quartiers, et l’extrême exiquité des rues.

On calcule que ce malheur terrible ne laisse pas moins de douze à quinze cents familles sans demeure.

On nous informe que le feu a commencé chez un charretier du nom de Doulen, mais celui-ci prétend qu’il a commencé chez son voisin, un soucissier du nom de Brown.

Nous devons nous borner à ces détails pour aujourd’hui, presque tous nos compositeurs étant du nombre des incendiés, malades ou obligés de chercher un logis pour y mettre leurs effets en sûreté. C’est la même raison qui nous a empêché de sortir un extra hier.

 


 

Voici la liste des membres de la famille Tourville dont le nom paraît dans le Montreal’s Lovell Directory de 1852 :

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Extrait, page 241, Montreal’s Lovell Directory, 1852. Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

On peut affirmer, sans se tromper, qu’ils ont tous été touchés par cet incendie.

52 ancêtres en 52 semaines : #13 Restaurant Tourville (1955-1960)

Après des mois de congé forcé, il est temps de reprendre le collier et de donner la vedette non pas à un ancêtre cette fois-ci, mais plutôt à un restaurant : celui de la famille d’Eugène et de Stéphanie Tourville.

La Ville de Laval fêtera son cinquantenaire cette année et j’ai pensé profiter de l’occasion pour poser quelques questions à notre cousin Hubert qui est de la lignée de Hyacinthe Tourville, de Saint-François-de-Sales, sur l’île Jésus (ou Laval aujourd’hui). En effet, il y a cinquante ans, les quatorze municipalités se trouvant sur l’Île Jésus (c’est-à-dire Chomedey, Duvernay, Laval-des-Rapides, Laval-Ouest, Pont-Viau, Sainte-Rose, Auteuil, Fabreville, Laval-sur-le-Lac, Sainte-Dorothée, Saint-François, Saint-Vincent-de-Paul et Vimont) fusionnaient pour former Ville de Laval telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Saint-François-de-Sales durant les années 50, c’est encore la campagne où beaucoup louaient des camps pour l’été. Il y a de nombreuses années, à l’angle de l’avenue Tourville et du boulevard des Mille-Îles, j’avais vu une croix de chemin, ainsi qu’une plaque commémorative relatant le témoignage d’un vacancier de cette époque. J’y suis retournée en avril 2012, date à laquelle cette photo fut prise. Comme vous pouvez le constater, le texte n’y apparaît plus, mais heureusement, j’ai pu le retrouver grâce à mes vieilles photos.

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Croix de chemin au coin de l’avenue Tourville sur le boulevard des Mille-Îles, à Laval.

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« Cette croix fut plantée en 1956 par Raymond Laforest, ancien locataire d’un camp d’été de la famille Tourville, pour une faveur obtenue. Il avait promis d’élever une croix si sa prière était exaucée. Aidé de Claude Tourville, il remplit sa promesse et, conformément à la tradition, il orna la croix d’un coeur, d’une lance et d’une échelle. L’abbé Arsène Hébert, curé de Saint-François-de-Sales vint ensuite la bénir. »

Mais sans plus tarder, posons quelques questions à Hubert sur le restaurant Tourville :

— Hubert, pourriez-vous nous dire quel était le contexte à Saint-François-de-Sales en 1955-1960?

C’est l’après-guerre. De plus en plus de gens ont des automobiles. Ça devient possible de passer l’été à Saint-François-de-Sales. Les cultivateurs de Saint-François construisent des centaines de petits chalets blancs le long du boulevard des Mille-Îles.

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Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Camps à St-François-de-Sales, Que. 4 – Adresse permanente (permalien) : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1954052

Le 24 juin, Saint-François devient animé : baignades, promenades à pied, à bicyclette, badminton chez Louis-Georges Mathieu, tennis chez Léon Tourville, golf chez Louis-Georges Mathieu, golf chez Bernard Mathieu, etc. Les villégiateurs vont au restaurant Tourville.

— Et c’était quoi le restaurant Tourville?

Il est situé le long du boulevard des Mille-Îles, à l’entrée du chemin menant à la maison d’Eugène et Stéphanie. Tante Stéphanie et ses enfants (Rita, Clairette et Claude) étaient au comptoir. C’était comme un petit dépanneur avec en plus, machines à boules, un juke-box, plancher de danse, petites tables où l’on pouvait prendre liqueurs et friandises, bancs à l’extérieur où l’on pouvait s’asseoir et placoter.

— Donc, c’était une place à rendez-vous?

Oui, pour les gens qui prenaient des marches, qui faisaient une promenade à bicyclette, et pour les gens qui allaient acheter le journal ou une liqueur.

— Et c’était une place à rendez-vous pour les jeunes?

Les ados s’y rendaient à bicyclette. Il y avait des bancs à l’extérieur. C’était possible de passer la soirée avec peu de sous. Et quand on avait quelques sous, il y avait liqueurs, chips, machines à boules et juke-box. C’est là que j’ai pu fréquenter des jeunes filles pour la première fois. Sur le plancher de danse on dansait le rock and roll et des « plains » : que de belles expériences et de bons souvenirs. Éventuellement, j’ai appris le cha cha.
C’est une belle étape de ma vie.


Je tiens à remercier sincèrement Hubert Tourville de s’être prêté au jeu de l’interview.
Nous n’avons malheureusement pas de photos du Restaurant Tourville, mais qui sait? Peut-être la publication de cet article nous permettra-t-elle d’en dénicher une?
Et bon cinquantenaire à la Ville de Laval!


52 ancêtres en 52 semaines est un défi lancé par Amy Johnson Crow. Pour en savoir plus, cliquez sur l'image (site en anglais).

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