Les vacances d’été au Lac Sainte-Marie à Nominingue sont l’un des plus beaux souvenirs de notre famille. De 1968 à 1973, nos parents y louaient un camp pour trois semaines. En 1971, notre mère, nouvellement arrivée sur le marché du travail, ne pouvait pas prendre de vacances durant l’été. Comment peut-on oublier la tristesse dans ses yeux, et la nôtre, ces dimanches soirs où elle devait regagner Montréal par le train? Notre père devait particulièrement appréhender ce moment car cela signifiait une longue semaine à cuisiner, et surtout composer avec trois jeunes enfants plutôt turbulents et débordants d’énergie!

Ne sont-ils pas beaux mes parents? René et Hélène se sont fiancés en 1955, le jour de Noël. Un film 8mm nous les montre faisant la tournée d’une partie de la parenté. On les retrouve d’abord chez ma mère, puis chez Annette, la soeur aînée de ma mère, et enfin chez mon père. La robe que ma mère porte pour l’occasion est d’un rouge éclatant, ce qui me laisse croire que cette photo a peut-être été prise au jour de l’An, moment traditionnel de l’échange des cadeaux. Une énième question que j’aurais aimé pouvoir poser à ma mère!
On perçoit un peu de l’histoire du monde de l’éducation au Québec dans cette photo prise à l’école Marguerite-Bourgeoys à Montréal en 1945. En effet, vous voyez le nombre de jeunes filles? À peine douze. Ma mère nous racontait que c’était la première fois cette année-là que les filles avaient la possibilité d’étudier jusqu’en 12e année. Elle en était particulièrement fière. Je triche un peu, j’ai déniché cet autre document parmi ses papiers et on peut y retrouver le nom des élèves apparaissant sur la photo. Qui sait, peut-être y lirez-vous le nom de votre grand-mère, mère ou tante?
« En fin de compte, je l’aurai jamais mon diplôme avec vous autres! » Ces dernières années, lorsque ma mère se fâchait parce qu’on critiquait beaucoup trop souvent à son goût sa façon de faire en certaines circonstances, et qu’elle n’était pas d’accord, elle nous lançait immanquablement cette phrase. Ai-je besoin de vous dire que lorsque j’ai retrouvé son diplôme d’études secondaires, obtenu en 1945, dans son classeur je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’il fallait absolument le faire encadrer? Oui, maman, tu l’as eu ton fameux diplôme! Et pas seulement celui-ci, mais plein d’autres 😉
« Mes cheveux sont-tu corrects? » Combien de fois ai-je entendu ces mots sortir de la bouche de ma mère? À la moindre vue d’un appareil photo prêt à l’immortaliser, on pouvait parier une fortune qu’elle les prononcerait. À la sortie du métro, s’il fallait qu’il pleuve, elle ne faisait ni une ni deux et sortait son bonnet de plastique et s’empressait de nous dire : « Mon Dieu, mes cheveux! » Alors, vous pouvez vous imaginer à quel point elle ne comprenait pas pourquoi, ma soeur et moi, adorions cette photo! Vous avez vu son sourire? Tu es magnifique, maman!
