Nous sommes au Vermont sur les sentiers de randonnée du domaine des Von Trapp à Stowe. Ma mère me vante l’idée qu’à son époque on portait toujours un foulard et pour me faire rire le met sur sa tête. Nous croisons alors une vieille dame qui, en apercevant ma mère, lui prend les mains et lui parle en allemand en l’appelant Maria. Puis se rendant compte de sa méprise, elle déclare : « C’est vrai, elle est décédée, où ai-je la tête? » Après, ma mère de dire : « Je ne ressemble quand même pas à Julie Andrews! »

Le Challenge AZ 2015 est proposé par Sophie Boudarel de La Gazette des ancêtres
J’adore littéralement cette photo et ce, depuis mon plus jeune âge! Peut-être parce que je me rappelle que je n’arrivais pas à croire que cette petite fille à droite sur la photo jouant aux cartes avec sa famille pouvait être ma mère. Mes grands-parents avaient loué un camp à Chertsey dans Lanaudière, à environ 90 km au nord de Montréal. Les chapeaux de paille accrochés aux chaises, achetés par mon grand-père au début de leur séjour, avaient été les grandes vedettes de ces vacances d’été. On les retrouve sur toutes les photos, toutes plus drôles les unes que les autres.
Le bonheur du voyage annuel à Ogunquit pour ma mère se résumait à peu de choses : la mer, le Marginal Way, le balcon du Sparhawk, le banc sous l’auvent vert (maintenant bleu!) devant la plage près du Norseman, ses mots fléchés et son roman policier. Chaque fois que je la laissais pour aller marcher sur la plage, je lui demandais : « Ça ne te dérange pas? Tu ne t’ennuieras pas? » Et elle, de partir à rire en me montrant ses mots fléchés et de répondre : « Pas de danger! J’ai mes mots fléchés! »
Mes parents, comme bien des couples de leur époque, avaient choisi Niagara Falls pour y passer leur lune de miel. Si je me rappelle bien, mon père y était déjà passé auparavant et avait trouvé cela magnifique. Parmi les nombreuses cartes postales de ma mère, j’en ai découvert une de Niagara Falls représentant un jeune couple qu’on dirait sorti tout droit de Hollywood posant devant les chutes. Mon père, lui, a dû demander à un passant de prendre cette photo, l’unique en fait, que j’ai trouvée de Niagara Falls. Les photos qui précèdent sont toutes de la journée du mariage.
Qu’ils ont l’air heureux mes parents! Et pourtant… remarquez le poing fermé de mon père. Et la raideur de ma mère. Mariés à la mi-mai à 8 h du matin, ils avaient dû compter sur un printemps hâtif. Mais il faisait si froid qu’il était même tombé quelques flocons de neige très tôt le matin. Si tous les messieurs apparaissant sur la photo de groupe sont bien au chaud vêtus de leur manteau bien épais et les dames bien emmitouflées sous leur étole de fourrure, mes parents, eux, devaient avoir bien hâte de se diriger vers la salle de réception!
Si la généalogie m’a appris quelque chose, c’est bien ceci : pas d’argent, pas de photos! L’album de ma mère est rempli de photos d’elle à tout âge. Celui de mon père est pour ainsi dire inexistant jusqu’aux années 1940, moment où il a enfin pu s’acheter un kodak! L’argent gagné avec mon travail de camelot pour La Presse m’a permis d’acheter mon premier kodak. Même si mes photos étaient toutes plus floues les unes que les autres, je suis très fière de publier l’un de mes « chefs-d’œuvre » en l’honneur de ma mère (je t’entends rire d’ici maman!).
Les albums photos de ma mère sont remplis de clichés d’elle et de sa cousine Jeannine. Jeannine était aussi sa meilleure amie. Je ne l’ai pas connue, mais je sais à quel point ma mère l’adorait et la trouvait drôle. Après leurs mariages respectifs, elles se sont perdues de vue, mais ma mère a toujours parlé d’elle avec nostalgie et beaucoup d’affection. Je n’oublierai jamais ce coup de fil qu’elle a reçu en juillet 1975 lui annonçant le décès de Jeannine. Elle était bouleversée et je trouvais tellement triste qu’elle ne l’ait pas revue depuis plus de dix longues années.

Pouvez-vous croire que j’ai eu connaissance de cette photo il y a seulement quelques mois? Elle a été prise en 1987 à Londres où ma mère était en vacances avec ma soeur. Après une longue journée à marcher dans une ville étrangère, je sais que ma mère avait le fou rire facile une fois revenue à la chambre d’hôtel, mais ce que je trouve surprenant c’est que cette photo ne se soit jamais retrouvée sur la porte de son frigidaire! Une « photo de frigidaire » chez les Tourville est une photo 1) ratée, 2) ridicule ou 3) rigolote.